Crédit photo : pixabay

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"Alors que la vague du populisme semble s'approcher de plus en plus près de l'Élysée à chaque nouvelle élection présidentielle, celle-ci vient de s'échouer sur la Maison Blanche le 08/11/2016, plongeant le monde dans l'inconnu la plus totale" 

 

"Une victoire intrigante"

Comme mentionnée dans de nombreux de journaux, la victoire de Donald Trump est due à un nombre plus important de grands électeurs. C'est logique jusque là. Cependant, là où le système peut apparaître paradoxal, c'est que celui-ci a recueilli un nombre de suffrage inférieur à Clinton. Sa victoire est donc tout à fait légitime aux yeux du sytème mais pose néanmoins la question une fidélité de la représentation des citoyens car ici, ce n'est pas la volonté majoritaire qui a obtenu gain de cause. Ainsi, la reconnaissance de ce nouveau Président par le peuple pourrait donc être remise en question et la légitimité qui lui serait accordée incertaine, comme en témoigne les manifestations qui ont pu avoir lieu dans des grandes villes américaines. C'est donc la limite d'un certain modèle d'élections dans son reflet de la volonté de la nation, le fameux concept de miroir qui veut que les élus soient le reflet de la société. 

 

"Un désaveu des élites"

Au-delà des nuances démocratiques que nous pouvons accorder à la victoire de Donald Trump, son élection n'en reste pas moins tout un symbole : un profond rejet des élites. En effet, le constat reste accablant, Trump a obtenu un 47,5% des votes, et même si le taux de participation aux élections n'est que de 54% environ, cela prouve que la confiance est rompue. La légitimité envers les dirigeants est donc sérieusement remise en cause, cependant, ce constat ne date pas de cette élection mais est le fruit d'un long processus qui a commencé il y a deux décennies environ. Le populisme, entendons par ce terme un mouvement qui use de discours démagogues prônant des réponses simplistes à des problèmes complexes, se développe fortement dans les démocraties modernes, prônant l'incapacité et l'incompétence des gouvernants au pouvoir.

Mais d'où ce discours tire-t-il une quelconque légitimité ?
Il ne faut pas faire l'autruche et regarder les choses en face, nos élites ont failli, apparaissant comme technocratiques et déconnectés des réalités, dont les efforts menés n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu qui s'imposait à eux. Depuis des dizaines d'années, la pédagogie est inexistante, les décisions prises ne sont jamais explicitées au plus grand nombre, l'accessibilité à une information de qualité n'est pas évidente même si elle reste possible, sa portée est limitée à une "niche". Nos dirigeants ont des compétences, c'est indéniable, mais elles ne semblent pas mises à profit pertinemment, l'espoir de réélection est venue laminer les idéologies au profit d'un discours simpliste qui peine à convaincre. Le paradoxe, c'est que la simplification du discours de ces gouvernants n'a pas eu le même écho que celui des extrémistes, s'expliquant par la non-application de ces propositions une fois arrivés au pouvoir. Un exemple probant est le fameux extrait du discours du Bourget prononcé par François Hollande: "Mon véritable adversaire n'a pas de nom, n'a pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu et pourtant il dirige, mon adversaire c'est le monde de la finance", ce discours n'a bien évidemment pas donné lieu à des mesures à la hauteur des mots employés. Cela a donc eu pour effet d'accentuer le sentiment d'incapacité de nos dirigeants mais porte atteinte à la crédibilité de leur parole : il passe pour des menteurs ou des gens qui n'ont plus le pouvoir.

 

"Un renouveau est impératif"

Face à la montée du populisme, il ne faut plus compter sur un quelconque plafond de verre ou penser que tout finira par rentrer dans l'ordre comme il a trop souvent été coutume de le faire. Tirer les enseignements de ce qui vient de se passer est primordial pour la poursuite de la vie politique dans nos démocraties et notamment en France où les élections présidentielles s'approchent avec un Front National qui semble aux portes du second tour. Ce renouveau passera inévitablement par un renouvellement d'une partie de la classe politique, qui est depuis trop longtemps dans les sphères du pouvoir sans résultats probants, et ceci dans tous les partis politiques. De plus, cela ne suffit pas, la pédagogie est nécessaire, entendons par là l'explications d'enjeux explicites et implicites des politiques, décisions futures ou en cours de nos dirigeants. À l'heure actuelle, ces informations ne sont pas accessibles au plus grand nombre à cause d'un effort de simplification insuffisant mais aussi parce que celles-ci ne se trouvent pas toujours dans les supports de communications les plus répandus (JT, brèves sur smartphones...). 
Néanmoins elle ne doit pas apparaître comme une solution au rabais, permettant de faire taire l'électorat afin qu'il revienne dans le droit chemin, mais comme un projet durable qui vise à faire comprendre aux individus les choix des dirigeants. L'avantage indéniable de la pédagogie est de disposer d'électeurs avertis qui feront leur choix en connaissance de cause, c'est ainsi que nous aurons un véritable débat d'idées.

Enfin, la nécessité d'une vision et d'une idéologie de la part des futurs gouvernants apparaît inévitable tant nous pilotons à vue depuis trop longtemps. Le maintien d'un cap est capital, il permet de donner une réelle cohérence à la politique menée mais permet également de fédérer les individus afin que tout soit mis en oeuvre pour accomplir des objectifs définis. Les revirements idéologiques de nos représentants ne sont plus supportables, une idéologie ne peut être adoptée en fonction d'effets de mode afin de conserver son poste ou d'en conquérir un nouveau. 

 

 

Le 08/11/2016 restera donc le jour de l'Histoire où le populisme a conquis le pouvoir de la première puissance mondiale, mais aussi comme le plus profond désaveu que nos élites ont connu depuis l'après-guerre. La confiance est définitivement rompue, ces dirigeants apparaissent plus que jamais comme illégitimes pour gouverner et semblent également impuissants face à cette situation. Nous sommes désormais face à un mur, non pas celui entre le Mexique et les États-Unis, mais celui du populisme dont nos élites apportent le béton et les briques depuis de nombreuses années. Cependant la fatalité n'est pas acceptable et il convient de continuer à se battre, de faire l'effort d'une pédagogie permettant la compréhension des enjeux par tous, céder aux sirènes de la simplicité n'est pas une solution, notre monde est complexe et il est inconcevable que ce type de réponses soit un jour couronné de succès. À défaut d'explications de nos dirigeants, il est nécessaire de comprendre par soi-même, rechercher, tenter de saisir les enjeux de notre monde, et le populisme apparaîtra alors comme une aberration à laquelle il est inconcevable d'accorder un quelconque crédit...

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