Crédit photo: Pixabay

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"Alors que le site de Belfort d'Alstom a été sauvé par la commande de TGV pour 300 millions d'euros, cet évènement met en lumière la position de l'État français dans le capital de cette entreprise, prenant des décisions douteuses mais aussi avec une attitude qui consiste à se prendre pour un actionnaire d'exception."

 

Un actionnaire politique et non économique

En France, nombreuses sont les entreprises dont l'État possède une participation minoritaire ou majoritaire, les plus célèbres étant EDF, la SNCF et Air France. Ces trois entreprises sont importantes dans leur secteur, notamment EDF qui est le plus gros producteur d'électricité au monde mais aussi l'acteur de référence dans le domaine du nucléaire civil avec un savoir faire reconnu mondialement. La SNCF quant à elle, jouïe d'un monopole, mais elle est désormais face au virage de la concurrence dans le transport de voyageurs qui débutera en 2019. Il est intéressant de noter que ces entreprises publics se sont formées et sont devenues puissante grâce à une position monopolistique. Cependant, elles montrent aujourd'hui leurs faiblesses, se révélant fortement pénalisantes pour la poursuite de leurs activités. EDF est dans une situation inédite, alors que l'entreprise est pressée par l'État de rénover ses réacteurs, celui-ci ne lui donne pas les moyens d'en construire de nouveaux alors que la vieillissement des infrastructures rend cet investissement nécessaire et inévitable. De plus, la société est contrainte d'avaler une partie d'Areva contre son gré. La SNCF, à travers un modèle de management totalement dépassé et une forte inertie est incapable de s'adapter rapidement aux mutations qui vont intervenir sur le ferroviaire ces prochaines années telles que l'arrivée de nouveaux acteurs. 
Ces entreprises ne sont pas entièrement responsables, celles-ci disposent d'un actionnaire qui ne leur facilite pas la tâche et vient régulièrement entraver leur bon fonctionnement: l'État. Alors que la SNCF est dans une piètre situation, la puissance publique la force à verser des dividendes qu'elle verse grâce à des emprunts: un comble. L'acquisition d'Areva a également été orchestrée par les hautes instances du pouvoir français, cette solution ayant été vue comme la moins coûteuse pour le contribuable, alors que ce géant du nucléaire n'était pas forcément condamné! Il ne faut pas oublier que la renégociation des conventions collectives de cheminots a représenté une monnaie d'échange pour le gouvernement afin de négocier des articles de la loi travail, au plus grand damne de Guillaume Pépy, qui ne semblait plus maître de son entreprise. Cette pratique est d'autant plus désolante qu'elle témoigne d'une vision court-termiste désastreuse.
Les décisions de cet actionnaire paraissent douteuses sur le plan économique, et ce à raison, puisque celles-ci sont très souvent motivées par des motifs politiques. Nombreuses sont celles qui apparaissent incompréhensibles pour l'avenir des sociétés concernées et ne sont menées que dans le but de maintenir une certaine crédibilité électorale. Il est donc à déplorer le manque de discernements de la part de nos dirigeants, qui semblent se soucier plus de leur avenir en politique que de l'avenir de firmes qui font la fierté et la renommée de la France. 

 

Un actionnaire avec un gros chéquier 

L'avantage d'avoir l'État dans son capital, car oui il en existe un, est que celui-ci a des poches très profondes et n'hésite pas à mettre beaucoup d'argent sur la table. Cela est indéniablement positif pour les entreprises lorsqu'elles se trouvent en mauvaise posture passagère, l'exemple de PSA est significatif, en investissant à hauteur de 14% dans le capital, l'agence des participation de l'État a permis de sauver l'entreprise, mais aussi de forcer un changement de stratégie et de vision en lieu et place de celle de la famille Peugeot, qui semblait dépassée. Ainsi, avec un pouvoir de sauvetage conséquent, l'État peut se permettre de venir à la rescousses de sociétés pour les sauver et préserver.. des emplois!
Il ne faut néanmoins pas être dupe, ce chéquier mène également à des dérives de la part des gouvernants comme des entreprises. Ainsi, le filet de sécurité que représente la participation de l'État au capital pousse certains dirigeants à prendre des risques qu'ils ne pourraient pas se permettre si la firme évoluait de façon autonome avec des investisseurs privés. 
De plus, avoir autant d'argent, même si cette vision est largement discutable du fait de notre budget annuel déficitaire, représente pour nos dirigeants une opportunité de se faire bien voir des électeurs en sauvant des entreprises et donc des emplois, le chômage étant actuellement la principale préoccupation des français. À travers ce genre de pratique, nos gouvernants frôlent le conflit d'intérêt, malgré divers tours de passe-passe pour se justifier. L'affaire Alstom est un bel exemple, en consacrant 1 million d'euro par emploi direct environ, le gouvernement a montré sa volonté de ne pas se mettre dans une position délicate, alors qu'économiquement le maintien du site de Belfort n'est pas si évident. De plus, rien ne présume que l'entreprise n'a pas menée ce chantage à l'emploi pré-électoral dans le but de se voir attribuer des commandes. Paradoxalement, l'État possède une participation minoritaire au capital d'Alstom et malgré son comportement "d'actionnaire d'exception", il a été incapable de pallier la situation.
L'argent du contribuable est donc source de convoitise pour les entreprises mais aussi source des dérives, parfois même à des fins politiques et pour servir des ambitions personnelles. 

 

Repenser l'action de l'État actionnaire: une nécessité

Certains n'hésitent pas à prôner la sortie du capital des entreprises, invoquant une vision "libérale" de concurrence libre et non faussée. Cependant, celle-ci semble aussi peu pertinente que celle invoquant la nationalisation des grandes entreprises françaises. Tout est une question de dosage. Il est indéniable que l'État peut difficilement sortir d'entreprises dont le secteur attrait à l'intérêt national comme EDF, opérant dans le domaine sensible de l'énergie. De plus, en prenant des participations, la puissance publique peut investir dans des secteurs qui seraient jugés trop risqués pour les marchés, mais dont le potentiel est considérable. Enfin, il est pertinent que l'État puisse venir sauver des entreprises qui dispose d'une activité pérenne mais connaissant des difficultés passagères. Cependant il ne faut pas que cet argument soit un prétexte au sauvetage de sociétés à des fins politiques.
La puissance publique ne peut plus rentrer dans des entreprises à des fins de contrôles provoquant des distorsions de marché, ou dans le but de faire adopter des mesures telles que les droits de vote double chez Renault. Cette opération s'est révélée très mauvaise pour le contribuable puisque le cours du Losange a chuté avec le scandale Volkswagen. Il est également scandaleux que l'État utilise les entreprises dont il est actionnaire majoritaire comme une opportunité pour boucler son budget, les dividendes exorbitant que celui-ci demande doivent cesser et ne pas mettre en danger l'investissement. Il est paradoxal que les gouvernants veulent combattre la finance alors qu'ils se comportent comme les pires des actionnaires.

 

L'État est un actionnaire au même titre que bien d'autres, avec un gros chéquier certes, mais il doit rester pragmatique et être animé par des motivations essentiellement économiques. L'agence des participations n'a pas pour but de concourir à la réélection de tel ou tel candidat, mais à permettre une gestion efficace du porte-feuille d'actions dont dispose l'État. L'intérêt général doit une fois pour toute dominer les ambitions personnelles.

 

 

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