Crédit photo: Pixabay

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"L'Europe cède peu à peu aux sirènes du populisme, non sans faute de ses dirigeants, favorisant un contexte d'incertitudes grandissant qui ne cessent d'inquiéter les marchés mais aussi l'économie réelle. Cependant, la dernière institution tentant de repousser à bout de bras ces "pseudo-faiseurs de miracles" agit dans l'ombre et est trop souvent pointée du doigt à tord : la banque centrale européenne."

 

"Une politique monétaire ultra-accommodante"

Tout d'abord, il convient d'analyser la politique monétaire que la Banque Centrale Européenne (BCE) pratique depuis un an et demi afin de saisir les enjeux implicites. Face à un risque de déflation dans l'économie, c'est à dire une baisse continue des prix, Mario Draghi, le président du directoire a décidé de réagir. La solution qu'il a mise en avant est un assouplissement quantitatif (Quantitative easing en anglais), c'est une politique qui vise à donner de la liquidité sur les marchés financiers au travers d'achats d'obligations d'États et d'entreprises ainsi que d'actions. Cette mesure vise à grossièrement à  "arroser les marchés de billets" dans le but que ceux-ci arrivent dans l'économie réelle (locale et concrète) à travers les crédits accordés par les banques.
Cette mesure n'a pas été évidente à faire accepter et fut fortement pénalisée du fait de la réticence des allemands, qui gardent la crainte de l'hyperinflation, à savoir une hausse extrêmement rapide des prix, des années 1920 ayant laminée l'économie et les conditions de vie en Allemagne, faisant tomber ce pays dans la période la plus sombre de son histoire. 
Cependant, le 9 mars 2015, le programme de rachats de titres financiers est lancé et vient compléter un programme déjà existant. Cette décision marque un tournant considérable dans la politique menée par la BCE car à travers un objectif vague de 2% d'inflation en zone euro, Mario Draghi a réussi à lancer un projet qui semblait au premier abord impossible à mettre en place au vu des compétences fixées par les traités. 

 

"Le rôle de cette politique"

Le lien entre le lancement de l'assouplissement quantitatif et le cantonnement de la montée du populisme n'est pas évident mais il existe. La première raison évidente est que jamais le problème de la déflation n'aurait pu être traité de la sorte si nous n'étions pas dans la zone euro, n'en déplaise à ceux qui prône un retour au franc. En effet, cette monnaie nous apporte une crédibilité aux yeux des marchés, elle est source de confiance, principalement issue de la présence de l'Allemagne. Un tel programme avec une monnaie nationale aurait vu sa valeur chutée vertigineusement, engendrant une très forte inflation. La Banque centrale a également donné du temps aux États et ce, de manière très habile à travers la baisse du taux d'intérêt de leurs futurs emprunts. En adoptant cette stratégie comprenant des rachats d'obligations d'États, elle a permis tout d'abord une réduction de la charge de la dette, incitant les États à procéder à des réformes de manières moins difficile même si cela reste relatif en fonction de chaque pays. Nul doute que si les taux d'intérêts avaient été ceux de la Grèce en 2010, les pays auraient dû réformer dans la rapidité, provoquant une forte contraction  de leur PIB. Ces mesures prises de manière continues dans le temps ont réussi à amoindrir l'écho du populisme durant un temps, car même si les effets négatifs étaient perceptibles dans les populations, ceux-ci se révélaient beaucoup moins forts. Cette réduction des intérêts sur la dette a également permis de moins amputer certains budgets régaliens de l'État comme la défense ou la santé, chose qui aurait été inévitable sinon.
Enfin, la raison la plus probante est la moins perceptible, l'action au cas par cas de la BCE dans l'ombre. L'exemple le plus récent est l'Italie, le rejet au référendum aurait pu provoquer un désastre pour la dette italienne sur les marchés malgré les annonces répétées des sondages pour une victoire du "non", le symbole de ce refus reste néanmoins important. En effet, en tournant ce choix en plébiscite, Matteo Renzi s'est retrouvé à faire voter ses citoyens pour ou contre l'Union , preuve supplémentaire de désamour pour le projet européen. Néanmoins, en annonçant la prolongation de son assouplissement quantitatif, la BCE a réussi à étouffer les inquiétudes, permettant une grande stabilité du taux intérêt de la dette italienne, empêchant le pays de sombrer dans un KO dont seuls les populistes auraient pu sortir vainqueurs. En effet, dans ces périodes de troubles, la simplicité qu'ils prônent apparaît souvent comme une solution évidente et la seule alternative crédible même si en réalité il n'en est rien. 

 

"Les limites de la BCE"

Bien qu'il faille reconnaître à cette institution un rôle considérable, son action semble avoir atteint ses limites au vu des compétences dont elle dispose mais aussi car sa politique présente des effets néfastes qui ne peuvent être négligés. En effet, l'assouplissement quantitatif provoque une baisse des taux d'intérêt nommée aussi aplatissement de la courbe des taux, c'est à dire que les taux de long terme diminuent grandement en se rapprochant des taux de court terme. La principale conséquence est que les taux ne reflètent plus la situation réelle du pays ou de l'entreprise en question, le prix n'est donc plus une source d'information pertinente. Cela favorise donc également l'apparition de bulles sur les marchés, à savoir une sur valorisation de l'actif échangé. De plus, le coût du risque diminue fortement, la BCE étant derrière le système pour le soutenir en cas de crise, les acteurs peuvent se permettre de prendre des risques tout en conservant un filet de sécurité. 
Enfin, la principale limite est qu'aucune banque centrale n'a encore réussi à sortir de cette politique monétaire. Injecter des liquidités opère comme une véritable drogue pour les marchés, ils en demandent toujours plus. Il apparait donc un phénomène intriguant et dangereux, la banque centrale ne peut plus se permettre de ne plus intervenir car ayant acheté des actifs comme des actions et titres, si leur valeur diminue, son bilan va se dégrader. Ainsi, la réduction d'apports en liquidités provoquerait une baisse des marchés et donc une baisse des actifs possédés par la BCE. C'est exactement la situation du Japon qui ne peut plus arrêter sa politique ultra-accommodante! Ce levier doit donc être manipulé avec parcimonie et ne peut être un programme pérenne. 

 

Même si le rôle de la BCE a été considérable et montre la puissance de cette institution, nos dirigeants ne peuvent pas espérer continuellement que celle-ci fasse le travail à leur place. Elle a mis en place les conditions favorables pour des réformes structurelles et des pays ne semblent pas saisir cette occasion comme la France et la chute risque à terme d'être importante. Enfin, la maitrise de la montée du populisme résultant de cette politique monétaire ne peut être vu comme une solution de long terme et nos gouvernants vont tout de même devoir tirer les enseignements de leurs échecs. 

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