Arrêtons les hypocrisies sur le travail

"Alors que lors des débats, les candidats de la primaire de gauche se sont écharpés sur la réhabilitation des heures supplémentaires, cela révèle une affreuse hypocrisie électorale qui réhabilite la confrontation insider/outsider. Au-delà de ce débat, il est déplorable de remarquer que les candidats semblent défendre une position sur le travail qu'ils sont incapables d'expliquer". 

 

"L'aberration de la défiscalisation des heures supplémentaires"

Cette mesure est à proscrire, elle est aberrante et ne génère aucun emploi. Alors que Manuel Valls s'entête à l'utiliser comme fer de lance de son programme économique, comme si depuis son départ de Matignon, il avait vu "la lumière" lui montrant tous les bénéfices qu'elle procure. Cependant, celle-ci ne relève que d'une décision électorale, en effet, sa vertu est fortement contestable, principalement parce qu'elle ne génère aucun emploi supplémentaire. En effet, en rendant le travail plus attractif pour les salariés déjà en place, les entreprises ne seront pas incitées à embaucher pour accroître la production, mais vont utiliser la main d'oeuvre existante qui sera  apte à travailler plus. Il est aisé de remarquer que cela peut être également un risque pour l'emploi, à production égale, il serait plus rentable de conserver un nombre de salarié plus faible mais exerçant avec un nombre d'heures travaillé plus conséquent. Cette politique met en avant une répartition du travail profondément inégalitaire qui consiste à favoriser majoritairement les insiders, c'est à dire ceux se trouvant dans le marché du travail. 
L'argument du pouvoir d'achat est mis en avant par les soutiens à cette mesure, celui-ci relève de l'hypocrisie la plus totale. Il est évident que les salariés toucheront plus, et pour certains cela peut avoir un impact considérable. Cependant, les effets négatifs l'emportent largement sur les effets positifs, ce constat peut paraître affreux mais il n'est que la stricte réalité. Tout d'abord, cette mesure est coûteuse, chiffrée à 4,5 milliards d'euros, c'est autant d'argent qu'il faut trouver dans d'autres dépenses de l'État pour conserver un budget stable, à défaut de pouvoir augmenter le déficit au-delà de 3%. Ensuite, ce gain de pouvoir d'achat ne se traduira pas comme une relance de la demande favorable aux entreprises françaises. Il est intéressant de noter que dans le classement des 30 produits les plus vendus en France, aucun n'est estampillé "Made in France", donc cette mesure favorisera l'emploi des chinois, qui seront sans doute ravis, mais va dégrader d'autant plus la balance commercial française en augmentant les importations. Ce constat est généralisable à toute politique de relance de la demande auprès des ménages, qui aboutira au même résultat. Cette mesure ne relève donc que d'une annonce électorale qui vise à flatter les gens dans l'emploi, sans mentionné le désastre qu'elle provoque pour les outsiders. 

 

"Le gâteau fataliste"

Une théorie vient conforter une vision de la réduction du travail: la stagnation séculaire. Ce concept, paru en 1938, mais repris par Lauwrence Summers consiste à dire que nous entrons dans une période de très faible croissance à cause d'un progrès technique qui ne permet plus de révolution significative des processus de production augmentant de manière significative la productivité. En effet, selon Schumpeter une hausse de la productivité due à du progrès technique créait à long terme de l'emploi, c'est la théorie communément appelée "Destruction Créatrice". Ce constat d'une faible croissance à long terme prôné par la stagnation séculaire  est néanmoins fataliste, il consiste à dire que la production n'augmentera plus assez pour permettre une diminution du chômage de masse. La part du gâteau que nous devrions nous partager n'augmenterai alors plus assez pour permettre une amélioration pour tous. 
C'est face à ce constat que la réduction du temps de travail fut mise en place. Au-delà de l'augmentation de la productivité par travailleur, celle-ci était sensée apporter une réponse à la demande de travail stagnante en réduisant les heures travaillées par tous afin d'inciter les entreprises à embaucher. Cependant, cette solution n'a pas été couronnée de succès et s'est traduite dans la loi Aubry II notamment, par un choc négatif de compétitivité pour les entreprises. Le résultat escompté n'a donc pas eu lieu et c'est un gel des salaires qui s'est opéré afin de rendre la main d'oeuvre compétitive. Ce changement du temps de travail semblait prometteur et s'inscrivait dans une logique pertinente, mais les effets négatifs l'ont emportés sur les effets positifs. 
Cependant, tenter de s'adapter à la stagnation séculaire revient à lui accorder du crédit. Il ne faut pas oublier que cette théorie n'a pas réellement de preuve empirique!
Elle est un outil pratique pour les politiques car elle explique leurs échec à relancer la machine économique en France. Mais approuver cette théorie revient à douter de notre imagination. Il est évident que nous sommes confrontés à des limites physiques, néanmoins l'imagination et la créativité sont des facteurs conséquents qui représentent une source considérable de croissance qui n'ont aucune restriction. De plus, l'économie numérique ouvre de nouvelles perspectives, fait émerger de nouveaux services et la France est en pointe dans la Tech! La faible croissance résulte de rigidités structurelles dans l'hexagone et pas d'innovations non disruptives. Le fatalisme qu'impose la stagnation séculaire est à l'heure actuelle inconcevable dans un pays où des marchés restent à mettre en concurrence, où des investissements dans les infrastructures doivent pérenniser notre efficacité. Des enjeux considérables s'imposent désormais à la France. L'économie peut et doit se redresser, les leviers sont là et ne demandent qu'à être poussés! 

 

"Un saint Grâal désastreux: les allégements de charges sur les salaires au niveau du SMIC"

La compétitivité est un enjeu majeur, il en existe deux types: la compétitivité par les coûts ou la compétitivité prix et la compétitivité hors-prix. La première a longtemps été privilégiée par les dirigeant.e.s politiques. Cependant, si cette solution est mise en avant, elle n'en demeure pas la moins pertinente, en effet, vouloir être compétitif sur des marchés de moyennes gammes à travers des coûts de main d'oeuvre est une hérésie pour un pays qui possède un salaire horaire élevé quand d'autres ont un coût du travail beaucoup plus faible. Afin d'ajuster au mieux cette baisse de coûts les gouvernements successifs ont mené des politiques de réductions de charges sur les salaires, en particulier au niveau du SMIC afin de toucher un maximum de travailleurs, mais aussi car ce sont les salaires d'individus travaillant dans des secteurs fortement concurrencés par d'autres pays plus compétitifs.
Néanmoins, malgré une baisse du coût du travail, cette politique est désastreuse car elle donne lieu à une trappe à la pauvreté, autrement dit, les salariés n'ont plus d'augmentation de salaires en raison de la perte des allègements charges lors d'une sortie du SMIC de ces ouvriers. Ainsi, au prétexte de fournir des emplois, les dirigeants les cantonnent à un revenu avec lequel il n'est pas évident de vivre, avec également la volonté de s'assurer une réélection sans réformer en profondeur le pays. Les finances publiques pâtissent également de ce genre de politiques , qui creusent encore un peu plus le déficit structurel au profit également d'autres utilisations qui pourraient être plus efficaces. 
Ces allègements ne peuvent être une politique de long terme crédible, les dirigeants doivent réformer le système français afin de favoriser la compétitivité hors-prix tout en évitant une explosion du coût du travail. Les mesures menées doivent être une formation plus qualifiante, un renouveau de l'éducation qui doit permettre un haut niveau de qualification mais aussi d'apprendre à certains jeunes les métiers manuels, dont la France possède un réel savoir faire. L'innovation et la création sont deux forces qui animent beaucoup d'entreprises de l'hexagone et l'État doit mettre en place des politiques visant à les soutenir et les faire prospérer, notamment à travers le crédit impôt recherche, mais aussi par une simplification fiscale et administrative. Le CICE est une mesure qui a tenté timidement d'impulser un retour de l'investissement, mais cela n'a pas été orienté vers les entreprises les plus nécessiteuses.
La suppression de rigidité, en particulier sur le marché du travail, mais aussi la révision de certains seuils doivent être des priorités pour les années à venir. Nous ne pouvons nous en sortir que par le haut, une économie tournée vers le haut de gamme est la seule porte de sortie pour notre pays et nos gouvernants doivent désormais en avoir conscience. 

 

Le travail fait l'objet de nombreuses divisions, les réponses apportées sont parfois critiquables, mais il faut garder à l'esprit que c'est un enjeu de société incontournable. L'utilisation de théories économiques ne doit pas être dans un but de justification d'une absence de réforme mais la traduction d'une véritable idéologie. La France a trop souvent fait les frais de gouvernants qui se sont laissés porter par les cycles économiques sans jamais s'attaquer aux défaillances présentes et pénalisantes. Aujourd'hui, les "mesurettes" prisent auparavant ne suffisent plus et une vision économique et sociale de long terme apparaît plus que jamais indispensable. 

 

 

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