Crédit photo: Pixabay

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"Mesure placée au centre du conflit idéologique entre les deux finalistes de la primaire de gauche, le revenu universel est une source de critique pour certains mais aussi d'innovation pour d'autres. Cette solution phare du programme de Benoit Hamon est cependant marquée par un financement opaque et incomplet qui jette un fort discrédit sur sa réalisation". 

 

"Le postulat bancal de base " 

 Aussi curieux que cela pourrait paraître, le revenu universel n'est pas nouveau et était déjà discuté il y a 3000 ans. Dans notre société moderne, plusieurs théories ont tenté de justifier la mise en place d'un revenu universel. Tout d'abord, cette idée est  basée sur une  théorie de Rawls qui visait à donner les mêmes conditions à chaque individu afin qu'il puisse se développer. Cependant, ce premier postulat était largement contestable. En effet, l'argent n'est pas la solution à tout et dans un pays tel que la France où les relations et connaissances sont un moyen de progresser rapidement et un plafond pour d'autres.
Plus récemment, le revenu universel consisterait aux yeux d'autres économistes libéraux comme un moyen de responsabilisation de l'individu en lui versant une certaine somme d'argent dont il ferait ce qu'il souhaite, s'accompagnant également d'une suppression de toutes autres aides. Cependant, considérer que les êtres humains peuvent anticiper leur avenir dans sa globalité est totalement équivoque et l'État est une garantie pour l'Homme ainsi que son futur. 
Aujourd'hui, le constat sur lequel s'appuie Benoît Hamon pour justifier la mise en place du revenu universel est encore plus fataliste : la raréfaction du travail. En effet, avec la diminution des heures de travail disponibles, afin de pouvoir en faire bénéficier tout le monde, il est nécessaire de réduire le temps de travail de chacun. Ce constat est néanmoins douteux, basé sur la théorie de la stagnation séculaire et d'un monde post croissance, le revenu de base se veut apporter une réponse à la diminution future de la production et donc des revenus en offrant un complément de salaire. Cependant rien n'atteste que la France ne peut plus créer d'emplois, bien au contraire, nous avons des réservoirs de croissances formidables grâce à l'innovation mais aussi à l'éducation permettant de réindustrialiser la France sur un segment haut-de-gamme!

 

"Une destruction de la valeur travail"

Ce qui est sûrement le plus regrettable, c'est le peu d'importance qui est accordée à la portée du travail, qui est parfois vue à la marge par certains. En effet, le revenu universel peut se révéler un frein pour l'emploi. En donnant de l'argent depuis le plus jeune âge aux personnes, ce revenu apparaitra comme un acquis mais également comme de l'argent tombé du ciel, à quoi bon tenter de grandes études si l'État est présent pour compenser un très faible salaire issu du travail. C'est ainsi que nous retrouvons une nouvelle trappe à la pauvreté, les gens ne se contentant que d'un SMIC issu du travail et misant sur ce revenu universel comme complément. Cela mènera inévitablement à une faillite de l'État, en raison de l'existence d'allègements de charge sur le SMIC mais aussi à une économie qui ne se base pas sur l'innovation mais sur une compétitivité prix. Un deuxième risque émerge également de ce revenu universel, celui du propriétaire foncier qui quitte le marché du travail. Le loyer étant la principale dépense des ménages français, si celle-ci disparait, des personnes, à l'aide également de leur épargne, n'auront plus besoin de travailler. En plus de la perte de capital humain que cela constitue, c'est également la philosophie du travail qui s'effondre, pour gagner sa vie il faut travailler, c'est une prérogative que nous ne pouvons pas oublier et qui est la base de l'incitation au travail! Cependant, il ne faut pas réduire le travail qu'à sa seule valeur pécuniaire, il est un formidable outil de socialisation et d'épanouissement qui ne peut être négligé et le revenu universel se pose en totale contradiction. En effet, en offrant la possibilité à certains de ne plus travailler, il réduit le travail à une somme d'argent et risque de provoquer un fort repli social de la part d'individus. 

 

"Le projet Hamon: c'est f(l)ou et infinançable"

Au-delà des considérations idéologiques, la mesure portée par Hamon manque clairement de préparation. D'abord annoncée pour tous les français, le candidat souhaite désormais se focaliser sur les jeunes, en allouant à chacun une somme de 750€ par mois. Ce revirement s'explique aisément par l'impossibilité de mettre en place une telle mesure à court terme mais aussi parce que les jeunes sont un électorat qui se mobilise très peu pour aller voter et Benoit Hamon met ainsi en place une carotte pour les inciter à se déplacer. 
De plus, en mettant en avant cette raréfaction du travail, le candidat du PS envoie un signal négatif au pays mais aussi au reste du monde: la France est un pays qui ne mise plus sur son développement économique mais fait le pari d'une rétraction de l'activité. Les investisseurs n'apprécieront sans doute pas, tout comme les travailleurs qui seront ravis d'apprendre qu'au lieu de chercher à créer des emplois les dirigeants cherchent plutôt à subventionner leur échec. 
Il ne faut pas être dupe, le revenu universel a également un coût : entre 300 et 450 milliards. Ce budget est équivalent à celui de l'État! Ce montant exorbitant doit trouver un financement, l'originalité est encore de mise : la création de nouveaux impôts. La mise en place d'une taxe sur les robots est prônée par le candidat, dans un pays où la taxation du capital est parmi les plus fortes au monde, cela ne fait aucun doute, le revenu universel risque de finir comme le seul revenu de tous les français. L'investissement est un élément primordial de la création des emplois de demain et cela passe notamment par de l'achat dans le domaine de la robotique. La mise en place ce genre de taxation, les entreprises vont fuir, stopper leurs investissements et notre pays accentuera sa désindustrialisation. Il est également question de mettre en place de nouvelles taxes sur le foncier, qui face à l'impopularité qu'elles susciteraient n'auraient que très peu de chance d'aboutir. Il est intéressant de noter que le candidat est incapable de trouver la totalité des fonds nécessaires pour que ce revenu n'alourdisse pas le poids de la dette, ce qui prouve son inapplicabilité. 
Le flou également entretenu sur le maintien des prestations sociales suscite une forte inquiétude, leur suppression assurerait une bonne partie du financement mais est électoralement inacceptable. Ainsi, si tel n'est pas le cas, nous passerions de 57% du PIB de dépenses publiques à plus de 70%, c'est inconcevable et relève de l'utopie. Il est impensable que les marchés continuent de nous prêter de l'argent dans de telles conditions, surtout que la France est dépendante des prêteurs étrangers. Présentée comme une mesure phare, celle-ci ne fait que dévoiler l'impréparation du candidat Hamon mais également sa non-expertise, lire un rapport de l'OCDE c'est bien, mettre en place des solutions concrètes et réalisables serait encore mieux.
Enfin, comble de l'hypocrisie, il apparait évident à la lecture du programme que le revenu de base n'a pas vocation à exister pour tout le monde, la mise en place d'une grande conférence citoyenne rejettera en bloc sa généralisation tant il sera compliqué de mettre tout le monde d'accord. La seule exception serait qu'elle ne soit constituée que de gens qui y sont totalement favorables. C'est encore une fois la crédibilité de nos gouvernants qui se retrouvera entachée par des promesses qu'ils sont incapables de tenir.

 

"Le revenu minimum décent : une nécessité"

Un paradoxe peut émerger en parlant du revenu minimum décent tant la sémantique semble proche de celui du revenu universel, néanmoins celui-ci relève du bon sens. Il consiste en la fusion des aides sociales afin d'assurer un revenu minimum aux gens qui sont au chômage. Toute personne doit pouvoir vivre avec dignité et il serait insupportable que notre pays prône le contraire. Cependant, ce revenu doit être fait de tel sorte qu'il puisse permettre aux gens de vivre, tout en rendant le travail attractif afin d'éviter tout effet d'aubaine et calcul opportuniste qui viserait à savoir si cela est plus rentable de travailler ou bien de ne rien faire. L'avantage de la mise en place d'une telle solution est son coût, il est quasi-nul pour l'État puisque celui-ci ne se contente que de fusionner les aides déjà mises en place.
Le revenu universel ne peut être un élément de justification des échecs en matière de politique pour l'emploi. La vision actuellement diffusée est d'autant plus déplorable qu'elle est perçue comme une "prime de l'incompétence de nos politiques" qui est intolérable. La seule manière de dynamiser l'emploi est la mise en place de réformes structurelles dans les divers domaines attrayant à l'économie, en particulier la souplesse sur le marché du travail. La décroissance et le déclin du nombre de travailleurs est irrecevable dans un pays où des opportunités ne demandent qu'à être saisies, à condition d'en faciliter l'accès.

 

Le revenu universel ne peut être une solution optimale, tant le postulat sur lequel il repose est douteux et fataliste. Comme il est coutume de dire, il ne faut pas injurier l'avenir et nos politiques devraient s'en souvenir. Cette élection présidentielle risque bien de marquer les esprits de manière universelle, comme le symbole d'affaires rocambolesques et faisant fi de débats de fond.

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