Crédit photo : Pixabay

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"Nous sommes face à une contradiction, saisir les enjeux qui s'imposent à nous demande un certain niveau d'expertise et de connaissances, cependant nous ne disposons pas du temps pour nous informer en profondeur. Au-delà de notre façon de consommer l'information, c'est tout un modèle économique des médias qui doit être repensé en profondeur". 

 

"La culture de l'immédiateté"

Désormais, l'enjeu de l'information porte sur la rapidité. En effet, ce constat est particulièrement frappant pour les chaines d'informations en continu. Afin de se démarquer de leurs concurrentes, celles-ci mettent en oeuvre des moyens considérables afin d'être les premières à disposer d'actualités. Cela a donné lieu à des polémiques, notamment lors d'interventions suivant les attentats, certains chaines étaient accusées de dévoiler des détails qui auraient potentiellement pu se révéler capitales dans la prise de décision des terroristes. Ce modèle est aussi à mettre en perspective avec l'apparition plus fréquente d'informations erronées, qui malgré un contrôle rigoureux, traversent les mailles du filet, la volonté de la diffusée en premier n'est pas étrangère à ce phénomène. Ces reproches sont généralisables aux autres médias tels que les journaux également, dont le passage à l'ère du numérique a fortement dégradé la profondeur et la qualité des articles. Désormais, l'information doit être également rapide et facile à lire, le temps consacré par les gens à des articles détaillés est très faible. L'information en continu répond également à cette attente et pallie un intérêt amoindrie pour la lecture. 
Cependant, il ne faut pas être dupe, si le système médiatique s'est adapté à une demande, ce modèle n'en reste pas moins désastreux pour la compréhension du monde et des enjeux. Ainsi, sous couvert d'une information livrée sans clés de compréhension ou parfois incomplètes, les médias cherchent à marquer les esprits et à engendrer une plus grande audience. Cette dérive nécessite d'être considérée avec le plus grand sérieux possible car l'émergence du populisme n'y est pas étrangère. Les personnalités politiques qui prônent des solutions simplistes sont ainsi plus audibles lorsque les gens n'ont qu'une compréhension sommaire des problèmes qui s'imposent à eux. Dans cet enjeu de la connaissance, les médias ont une place centrale qui vient compléter celle de l'école, car l'information est un enjeu capital, unité de mesure révélatrice du régime politique en vigueur. 

 

"Un modèle économique qui doit être repensé en profondeur" 

Dire que chacune des informations délivrées est mauvaise, incomplète ou ne fait l'effort d'aucunes explications relève de la caricature et n'a aucun sens. Les formats qui font un effort d'explication sont en grande majorité les journaux papiers. En conséquence, avec le nombre de lecteurs qui ne cesse de diminuer, ils perdent en diffusion à cause de la digitalisation mais aussi à un format peu pratique pour la lecture. L'arrivée d'internet aurait pu permettre une plus grande démocratisation de l'actualité fournie et fouillée, mais malheureusement ce sont les brèves d'informations qui ont percées ainsi que des articles avec un titre racoleur destinés à attirer les lecteurs et générer... des revenus. L'actualité est donc monétisée à son extrême, la faute à une baisse des revenus publicitaires et à une situation financière toujours plus précaire des journaux. Leur modèle économique dévoile ainsi ses limites, confrontés à une quête de rentabilité, les lignes éditoriales répondent à ce besoin d'informations rapides et font donc le jeu du raisonnement simpliste. Un autre problème se pose, celui du traitement de l'actualité, de trop nombreux sujets sont passés sous silence face à des faits plus vendeurs et racoleurs alors qu'ils n'en restent pas moins importants, mais moins vendeurs. A titre d'exemple, il suffit de compter le nombre de fois où la guerre au Yemen fut abordée face au braquage de Kim Kardashian, le déséquilibre est significatif. Il est évident que ces deux sujets doivent être traités, cependant les répercutions sur l'équilibre mondiale du premier sujet sont plus significatifs comparé au second. 
Cependant, tous les médias n'ont pas opéré cette mutation et s'efforcent de privilégier un contenu détaillé, en posant les enjeux. De plus, il est intéressant de noter que le format écrit n'est pas l'unique solution, des émissions radios ainsi que télévisées existent et témoignent d'une véritable volonté de poser les enjeux des débats abordés, mais aussi d'une pluralité idéologique à travers une pléthore d'avis, aussi nombreux que les invités. Ainsi, l'utilisation de divers supports de communications présente l'avantage d'élargir le public concerné. Tout le monde ne dispose pas d'une forte appétence pour la lecture et cela favorise l'accès à son décryptage par le plus grand nombre. La possibilité de pouvoir s'informer à travers divers médias dont les supports sont divers concoure à favoriser la construction d'un avis personnel par tous. 
La montée des extrémismes n'est donc pas étrangère à un modèle économique désastreux et d'un autre temps. Une mutation doit s'opérer au sein des structures de gestions de ces entreprises, car oui, les journaux sont des entreprises au même titre que d'autres. La quête d'une certaine rentabilité n'est pas choquante mais doit se faire en promouvant une information plus fouillée et décryptée. L'abonnement est une solution pertinente mais doit se faire à travers un service profondément enrichie et modifiant l'expérience utilisateur de ceux qui font le choix de payer. Enfin, La mise en commun de la distribution des médias comme l'a initié SFR Presse n'est qu'un premier pas vers une offre qui prend tout son sens, un faible coup d'abonnement permettant de lire d'une multitude de médias. Cependant, limiter cette formule à la presse écrite serait une erreur et l'inclusion de multiples supports de communication fait sens dans un monde où l'information ne peut être cantonné qu'au format papier. 

 

"Changeons notre manière d'aborder l'information"

Les médias s'adaptent à la demande des lecteurs, une prise de conscience doit donc s'opérer de ce coté du support. Les sujets se complexifient, le monde n'est empreint d'aucune simplicité et demande un niveau d'expertise conséquent, tout le monde doit en prendre conscience. Des médias font un effort d'explication et c'est à travers une audience importante que leurs efforts seront reconnus. Il faut donc que lecteurs et spectateurs, en jouant le jeu de l'offre et de la demande appuie ce changement en se montrant désireux de disposer d'une actualité de qualité. C'est ainsi que l'appétence pour l'information détaillée et objective qui incitera d'avantage les médias à diversifier leur support de communication, mais également enrichir le contenu livré. Le modèle économique des médias ne peut être basé sur une culture du clic mais sur la pertinence du contenu offert, c'est la seule voie qui permettra à ces entités de survivre.
De plus, la nécessité de diversifier ses sources d'informations est primordiale, même si une majorité de journalistes se lancent dans la quête d'un traitement objectif de l'information, celle-ci ne peut l'être totalement et il apparaît important de lire plusieurs médias de tendances contraires pour se faire son propre avis. 
Il est également primordial de se méfier de cet effet de mode qui consiste à transformer bon nombre de journalistes en éditorialistes, souhaitant donner leur avis dans leurs articles. Cette pratique est une catastrophe dans la construction de son avis personnel, car à ne fournir aucune nouvelle un tant soit peu impartiale, l'information devient totalement biaisée. 
Une recommandation capitale est également de ne pas se limiter si l'on ne dispose pas d'un goût prononcé par la lecture. En effet, la force de la pluralité des supports de communications favorisent l'accès par tous à travers d'autres modes tels que la radio, la télévision. 

 

L'enjeu de l'information est capital, en plus d'être un indicateur de l'état de la démocratie, celui-ci permet de disposer d'individus avisés, qui maîtrisent les enjeux actuels. Nous avons le devoir de nous informer car s'en abstenir ne serait qu'un pas de plus vers le populisme dont la stratégie repose sur des raisonnements simplistes, qui font seulement écho envers à un peuple non-informé.

 

 

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