Crédit photo : Pixabay

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"Souvent critiquée et caricaturée, la flexisécurité est l'objet de toutes les croyances. Lancée de manière assumée à travers la loi Travail en France, cette structuration du marché du travail est souvent accusée de faire le jeu des grands patrons et est l'objet de nombreuses contestations. Au-delà des déformations qui sont faites, ce modèle peut se révéler néanmoins très pertinent dans la quête de réduction du chômage. 

 

"Une adaptation nécessaire"

Les français sont parmi les plus attachés à la valeur travail comme le souligne souvent la Direction de l'Animation, de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES). Cependant, le travail semble se dérober comme le sable dans nos mains, il mute, mettant des pans entiers de la société dans la tourmente. Le premier réflexe est donc de mettre des barrières pour protéger les travailleurs actuels et compliquer leurs licenciements. L'effet recherché se retrouve vérifié dans la réalité, il devient plus compliqué de se séparer de ses salariés avec un revers de la médaille beaucoup moins glorieux : des embauches qui s'amenuisent au fil des années. La protection mise en place instaure alors une dualité perverse entre ceux disposant déjà d'un emploi stable ultra-protégé et ceux qui sont condamnés à des contrats précaires. Des tentatives de changements ont émergées sans succès, les syndicats comme la CGT s'y sont opposés. Ces organisations semblent ainsi animés par une peur de l'inconnu, mais une adaptation du code du travail au monde du XXIe siècle apparaît inévitable, impliquant une révolution conceptuelle que certaines personnes continuent de réfuter. Pendant longtemps, ce code a été vu comme un moyen de protéger l'emploi des individus face à un employeur souvent caricaturé comme quelqu'un de peu scrupuleux. Auparavant il était courant de passer toute sa vie de salarié dans la même entreprise et le code du travail a pris ses sources dans ce modèle, le système a par la suite entretenu ce genre de comportement. Néanmoins il apparaît que cette logique n'est plus centrale aux yeux des jeunes générations qui préfèrent privilégier la mobilité plutôt que la stabilité. Le cadre actuel ne permet pas de répondre parfaitement à ces attentes tant le postulat sur lequel il a été basé en est éloigné. 
La mutation du travail et la nécessité constante de s'adapter dévoilent un système totalement à bout de souffle car désormais la protection doit se focaliser non plus sur un travail, mais sur des personnes. 

 

"La flexisécurité: décryptage"

Trop souvent abordée et rarement définie, la flexisécurité mérite d'être éclaircie. Cette structure se base sur la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter et en tire la nécessité d'adapter constamment le marché du travail à la demande de travail émane des entreprises et ainsi réduire fortement le chômage.
Fer de lance du modèle scandinave, celle-ci se base sur une protection des personnes et non des emplois, elle vise à facilité les embauches mais aussi les licenciements. Ainsi, le but est de réduire la dualité du marché du travail, caractérisé par des insiders qui sont dans l'emploi et sont surprotégés et les outsiders, les gens en quête d'un emploi, confrontés à de nombreuses barrières. Ces murs qui se dressent face aux chômeur.e.s sont nombreux, ils sont souvent caractérisés par une réticence des employeurs à embaucher en Contrat à Durée Indéterminése dit CDI et provoquent une paupérisation des travailleurs, cantonnés à des contrats précaires. En instaurant une plus grand flexibilité, c'est à dire en réduisant les difficultés à licencier, ce modèle a pour but de provoquer la convergence des contrats afin d'inciter les entreprises à embaucher. Cela permet également aux entreprises de prendre plus de "risques" en embauchant des salariés pour des projets novateurs mais incertains dans lesquels les sociétés n'auraient jamais investi sans cette souplesse. 
De plus, les indemnités accordées aux personnes sans emplois sont beaucoup plus généreuses que dans un système plus classique comme en France afin de ne pas précariser les chômeur.e.s. Un système de contrôle et une politique dynamique de l'emploi visent à motiver les sans-emploi mais aussi à empêcher le décrochage de ceux-ci.
Son succès est indéniables

dans les pays scandinaves, le Danemark connaît actuellement un taux de chômage de 4,2%.
Ce modèle est souvent décrié pour provoquer une hausse du chômage à court terme et cela se vérifie. Les entreprises faisant face à des rigidités profitent de l'instauration de souplesses pour se séparer de la main d'oeuvre quand elles sont en état de surcapacité productive. Cependant, ne se limiter qu'à ce seul constat relèverait de la caricature car à long terme, l'effet sur l'emploi est largement positif en raison de la levée des réticences des sociétés à embaucher. Cette structuration du marché du travail n'est donc pas un cadeau aux grandes sociétés car son application est coûteuse, mais se montre efficace. 

 

"La pertinence d'un tel modèle en France"

Dans l'hexagone, le constat est sans appel, n'en déplaise à certains syndicats: la sécurité et la flexibilité existe, mais sur des personnes différentes! Ainsi, le marché du travail français se retrouve séparé en deux catégories : les gens en CDI qui bénéficient de la sécurité et les autres qui servent de variable d'ajustement. Cette séparation est insupportable à long terme car avoir un emploi précaire pénalise grandement ceux qui y sont cantonnés. Il convient donc de ramener de la cohérence dans un système qui a cherché à empêcher les licenciements par de fortes contraintes juridiques. Néanmoins, la période économique morose que connaît la France atteste que les CDD correspondent à 80% des contrats signés à l'heure actuelle. Le code du travail qui fonde un modèle de sur-protection de l'emploi ne semble donc pas apporter une réponse satisfaisante et fait émerger des inégalités entre les personnes qui sont insupportables. Désormais et ce malgré les contestations, un changement doit bel et bien s'opérer afin de faire rentrer la France du travail dans le XXIe siècle. Une convergence entre les gens en CDI et CDD est une prérogative à toute amélioration. Celle-ci ne vise pas à précariser les CDI mais plutôt à instaurer des facilités d'embauches et de licenciements qui apporteraient une meilleure visibilité à l'employeur à travers des indemnités de licenciements plus faibles et des motifs moins contraignants. De plus, le mythe qui consisterait à penser que les entreprises feront sans cesse des ajustements en licenciant à foison est absurde: un salarié c'est une compétence pour l'entreprise, si celle-ci décide de le débaucher car la conjoncture est mauvaise elle prend le risque de perdre sa compétence pour toujours car d'autres entreprises l'engagerons. Elle perd donc une compétence nécessaire, elle devra donc réinvestir dans la formation d'un autre individu ce qui occasionne donc une perte sèche d'argent pour cette société. La perte en capital humain n'est pas une chose prise à la légère par les entreprises et il convient de le rappeler. 
De plus, cette flexibilité ne doit pas seulement se retrouver dans le droit, elle doit permettre aux individus de se former quand ils le souhaitent. En France, les dépenses pour la formation professionnelle sont considérables pour un résultat déplorable, les partenaires sociaux n'ont pas joué le jeu et continuent de maintenir un système inefficace et gangrené par les fraudes afin de ne pas tarir leurs financements. Si 32 milliards peuvent être investis d'une manière aussi inefficace, il est alors aisément facile de concevoir le potentiel d'une meilleure allocution de cette ressource. Afin d'assurer la possibilité à chacun de se former il est nécessaire de mettre ne place un compte individuel à l'image du compte personnel d'activité mis en place sous le quinquennat Hollande. De plus, il est impératif d'offrir un panel de formations de qualité , ce qui n'est le cas à l'heure actuelle, car le coût des formations dépend de votre statut, salarié ou non, mais aussi parce que bon nombre d'entres elles ne sont pas efficientes. L'Etat a donc un rôle significatif à jouer en mettant en place une plateforme qui recenserait les formations mais aussi la possibilité de les noter, complétée par une certification issue de l'Éducation Nationale. Cela suppose de revoir un certain nombre de points comme l'organisation du paritarisme et le financement des syndicats. La possibilité de retourner à l'université devrait également être offerte à tous, avec un salaire permettant aux personnes qui font ce choix de subvenir à leurs besoins. 
La flexusécurité a un coût indéniable et la baisse des indemnités de licenciements n'est pas un cadeau fait aux entreprises. En effet, le taux de cotisation dans un tel système est considérable, dans le but d'investir dans les gens cherchant un emploi. 
La France possède dans son système actuel les prémisses d'une flexisécurité, mais une clarification s'impose. La sécurité et la flexibilité doivent être supportées par les mêmes personnes pour enrayer une dualité perverse qui ne fait que provoquer des frictions sur le marché du travail et engendre une perte considérable de capital humain. De plus, le droit doit ainsi muter pour ne plus protéger les emplois mais les personnes, avec également des mesures de formations nécessaires.

 

"Un changement des mentalités" 

Le travail est un moyen d'épanouissement, un vecteur de socialisation et en priver l'accès serait un désastre pour le bien-être de nombreuses personnes. Néanmoins, il arrive parfois que ce bien être n'est pas au rendez-vous lorsqu'un individu occupe un poste. Il est donc impératif de lui offrir les outils d'une reconversion qu'offre la formation mais aussi de démystifier le risque qu'implique un changement de travail. Un accompagnement puissant de l'État est nécessaire à travers le versement de salaires durant cette reconversion mais aussi avec un réseau pôle emploi efficace permettant d'accompagner le retour au travail. Cela réduira les incertitudes et incitera les gens à la mobilité. 
De plus, il convient également d'opérer un changement de mentalité dans certains secteurs qui pourraient constituer un frein à la mise en place d'une flexisécurité : la banque et le logement. À l'heure actuelle, il est quasiment impossible d'obtenir un prêt avec un CDD. Il serait inacceptable que le système bancaire, mais aussi que les bailleurs transfèrent leurs réticences sur le CDI réformé, recréant alors une dualité entre les personnes qui sont assurés de garder leur CDI et les autres. Le droit doit être la solution de dernier recours mais il est impératif de ne pas laisser de telles aberrations prendre place. 
C'est en enrayant ce genre de comportements que nous favoriserons l'émergence d'un contrat unique, qui prévient ainsi de la paupérisation qu'instaure le CDD. 

 

La flexisécurité apparait donc définitivement comme un modèle pertinent en France tant les prémisses de ce système étaient déjà ancrées dans un cadre dépassé. L'effort d'explication autour d'une telle réforme est une prérogative essentielle à son acceptation et faire fi de pédagogie revient à faire un appel à la colère de la rue. Une telle révolution de notre marché du travail et la démystification autour de ses dangers favorisera donc la reprise du processus d'embauche mais également la mobilité des personnes au sein de ce marché, le rendant plus efficient et augmentant le bien-être des travailleurs. Il ne faut pas oublier qu'un travailleur productif, c'est un travailleur épanoui. 

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