Crédit photo: Pixabay

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"Marine le Pen caracole dans le peloton de tête des sondages et est annoncée de manière quasi-inévitable au second tour par de nombreux analystes politiques. Cependant cette percée n'est pas anodine et sa stratégie de ralliement des électeurs témoigne d'un populisme et d'une démagogie poussés à l'extrême." 

 

"Une méthode bien chevronnée"

La stratégie du Front National se base sur la peur et la haine. En suscitant ces réactions dans l'électorat, ce parti d'extrême droite vise à contrôler l'électorat pour l'amener vers des solutions nauséabondes, caricaturales qui ne reflètent pas le réalité du terrain. Afin de mettre en place cette manoeuvre, une méthode est employée, énoncée par Nicolas Bay: les "3i", immigration, insécurité, impôts.
Cela met en lumière le caractère simplificateur au centre de la stratégie FN. Une sorte de théorie du complot 2.0 qui implique que chaque sujet politique serait rattaché à l'un de ses trois thèmes ou plus. Ainsi, en structurant le débat autour de trois thématiques, aussi douteuse qu'elles soient, le FN tente d'attirer les candidats sur ses idées de prédilections mais aussi de marquer les esprits de manière durable. En effet, rien n'est plus efficace que les répétitions afin d'ancrer dans les mémoires les coupables de nos maux.
De plus, un lien est toujours effectué entre le maux, la raison de son existence et les élites. L'enjeu du Front National est de mettre en évidence que les décisions prises auparavant menant à ces "désastres" sont le fruit d'un système qui n'a que pour seul et unique objectif de servir ses intérêts, surtout financier, et exercer son contrôle quant à l'accès au pouvoir. Ce plan vise donc à opérer une forme de "lavage de cerveau" qui réhabilite la lutte entre peuple et dirigeants, tout en s'assurant de poser le FN en tant que représentant de cette classe opprimée victime de décisions qui l'étouffe. 
Cependant, cette théorie témoigne d'une paresse intellectuelle qui s'étend au sein d'un parti qui n'est pas au fait des réalités. En effet, à travers la volonté de centraliser les problèmes autour de trois thématiques douteuses, cela ne fait que mettre en lumière l'incompétence patente des cadres et dirigeants du parti d'extrême droite. Il est intéressant également de noter que cette méthode ne se base que sur des ressentis des français et ne constitue pas une révolution idéologique instituée par le FN. La recherche de l'essence même des décisions prises ou bien des crises dont nous pouvons être victime n'est pas au coeur de la réflexion que peut porter le FN.
Cette paresse est cependant volontaire car elle revêt divers avantages, comme le recrutement de militants au sein de toute la population et ce, à travers les différentes classes sociales. En l'occurence, ces propositions marquantes sont faciles à défendre et ne nécessitent pas une compréhension pointue de l'actualité où des politiques en vigueur. De plus, il est beaucoup plus simple de défendre des solutions simplistes, caricaturales qui identifient clairement des responsables que des solutions raisonnées qui tentent de tenir compte des différentes forces et contraintes qui peuvent s'imposer.
C'est d'ailleurs ce qui rend plus difficile pour les dirigeants en place les débats contre des membres frontistes. Cela a pour effet d'atténuer l'image de "technocrate" que pourrait avoir ces personnalités politiques, comme Florian Philippot qui sort de l'ENA, et qui paradoxalement lutte désormais contre un système qui l'a formé. Cette position anti-establishment permet de faire figure d'outsider et donc de faire passer ses solutions comme des remèdes innovants que personne n'avait envisagé auparavant. 

 

"Les raisons de la portée de ce discours"

Une partie conséquente du vote FN est d'ordre contestataire. En effet, celui-ci vise à exprimer la défiances que les électeurs peuvent avoir envers un système opaque composé de politiques qui semblent hors des réalités. Ce phénomène fait écho à la technocratisation, fruit d'une contradiction que l'opinion peine à dépasser. Dans un monde complexe, nous avons besoin de gens qui ont une expertise dans certains domaines mais dont parfois les décisions peuvent nous dépasser. Celles-ci semblent déconnectées du réel mais sont le fruit de longues discussions complexes entre les différentes forces du pays. Souvent, peu d'effort d'explications sont fournis afin d'informer le grand public. Ainsi, les solutions prodiguées semblent émanées d'entités obscures qui ne se préoccupent peu des individus.
Il convient d'émettre un constat réaliste sur ces dérives et de mettre en cause les partis politiques traditionnels. À ce titre, le Parti socialiste a failli en ne prenant pas le temps d'expliquer les mesures décidées et cela a concouru à la montée du populisme. De plus, une espèce d'auto-censure s'est mise en place au sein de la classe politique traditionnelle, voyant la montée du FN comme une fatalité, nuisant gravement à la confrontation idéologique. Dans les débats, les responsables frontistes ont tendance à prendre l'ascendant, ridiculisants les cadres plus traditionnels. Ces derniers ont trop souvent considéré que attaquer le FN sur les idées revenait à la crédibiliser, mais l'ignorer l'a changé en parti contestataire.
Cependant, ce n'est pas une fatalité et opérer des changements dans la manière d'aborder l'électorat peuvent être opérées, désormais les gens ne veulent plus être des individus passifs mais ils désirent aussi être intégrés dans le processus décisionnel. 
De plus, le sentiment de déclassement des personnes vivants dans les territoires ruraux est un vecteur puissant de la montée du Front National. En effet, face à la désertification des services publics, les gens se sentent abandonnés et nos dirigeants peinent à enrayer cette dynamique. La fracture avec les grandes villes n'a jamais été aussi grande, le numérique en est un exemple flagrant, nous distinguons clairement deux vitesses entre les métropoles et "la province". Il convient donc de mettre en place le développement économiques de nos ruralités afin de lutter activement contre ce sentiment d'abandon, notamment à travers l'implantation d'entreprises. 
Enfin, c'est sûrement le constat le plus dur à faire, mais une part de l'électorat du FN est issue d'une vision de "solution de simplicité". En effet, il est aisé de trouver un coupable de l'accuser de tous nos problèmes et certains n'hésitent pas à adhérer à ces propos. Ces électeurs semblent avoir abandonné la compréhension des enjeux aux profits de solutions simplistes. Le fatalisme porté par ces personnes est un symbole inquiétant contre lequel il convient de lutter activement.

 

"L'esprit critique et la pédagogie : les seules issues" 

Bien qu'une partie du Front National constitue un vote de défiance vis-à-vis de la classe politique actuelle, celui-ci n'en reste pas moins dangereux. Cela témoigne aussi d'une défaillance de notre système d'éducation qui ne donne pas l'envie de comprendre le monde qui nous entoure car le lien et les clés de compréhension nécessaires ne sont pas fournies. Les professeurs ne peuvent être mis en cause dans ce constat, la responsabilité de cette dérive vers un savoir trop théorique est issue des programmes décidés. Néanmoins, après avoir tirer les conséquences de cette montée des extrêmes, il convient de lutter activement contre. Tout d'abord il faut repenser majoritairement notre manière d'enseigner, qui ne doit plus se focaliser sur l'apprentissage par coeur de connaissances mais sur la formation d'élèves dotés d'un esprit critique. Le savoir n'est pas une finalité, c'est son utilisation pour mener des réflexions qui l'est.
Les extrêmes prônent la simplicité dans leurs mesures et des esprits avisés ne manqueront donc pas de se rendre compte que le monde est complexe et que ce n'est pas trois raisons réductrices qui sont responsables de nos maux. L'éducation est la bête noir du Front National car une population éduquée, c'est autant de voix en mois assurées. 
Cependant, l'éducation n'est qu'une solution pour les générations à venir ou déjà à l'école et il apparaît peu cohérent de renvoyer toute la population française devant un tableau à craie sous prétexte d'une lutte contre l'extrémisme. C'est la pédagogie qui doit prendre le relais pour ces personnes. Expliquer, expliquer et expliquer, cela doit être le maître mot. Pour espérer un résultat il faut varier les supports de communications mais aussi les formats. Cela ne doit pas prendre la forme de long articles qui visent à décrypter et transmettre des connaissances. Internet a mis en avant la vidéo et ce moyen de diffusion est redoutable.
Cela a d'ailleurs été compris par les candidats populistes et extrémistes qui se sont lancés dans la création de chaines YouTube. C'est en assurant une diffusion la plus large possible que nous pourront assurer une pédagogie efficace. Tout d'abord, il est nécessaire d'expliquer les enjeux sous-jacents des problèmes que nous rencontrons.
A titre d'exemple, peu de gens savent ce qu'il se passe réellement en Syrie et il conviendrait d'expliquer les rapports de forces, pourquoi la Russie intervient etc. Lors des campagnes électorales il est également crucial d'expliquer les mesures des programmes des candidats et leurs conséquences afin que les électeurs puissent faire un choix avisé. 

 

Le FN a mis en place une méthode ignoble pour tenter de capter l'électorat au travers de raisonnements simplistes et de sophismes. Cependant, nous ne pouvons pas nous résigner au fatalisme et regarder sa base électorale grandir. La pédagogie et l'éducation doivent être au centre d'une lutte incessante contre les populismes, qu'ils soient d'extrême gauche ou droite afin d'enrayer la montée de ces marchands de mensonges. La réponse simple n'existe pas et si les décisions allaient de soit comme aiment à nous le faire croire les démagogues, cela ferait longtemps qu'elles seraient mises en place. 

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